WORK SONGS – CREATION

WORK SONGS – CREATION

 

On chantait aux champs. On chantait dans les usines. On chantait sur les bateaux. Pour se mettre en train. Pour réchauffer les corps. Pour oublier la douleur et narguer les contremaîtres. Pour que le soleil brille, pour que la pluie daigne tomber. Pour demander aux sauterelles d’aller ravager le village d’à côté, pour que les poissons soient crédules, pour que Neptune se calme. On chantait et on travaillait.

Et aujourd’hui nous regardons danser de petites lumières sur des écrans dans des entrepôts en essayant de donner un sens à tout ça. Les modalités du travail ont changé, et les chansons ont disparu.

L’ensemble bruxellois HYOID voices (dir. Fabienne Séveillac / Andreas Halling) collabore avec le metteur en scène français Halory Goerger et le compositeur américain Christopher Trapani pour créer une pièce qui explore les chansons dites de métier ou de travail. Pour faire revivre ce matériel. Pour le disséquer, le complexifier, le déplacer. Le confronter à de nouveaux environnements de travail, à d’autres aspirations.

Comment chante-t-on dans une usine où le niveau sonore avoisine les 90dB ? Quelle chanson résonne dans les  « fermes de trolls » du Brésil et de la Russie quand les présidents sont élus ? Qu’est-ce qu’on chante quand personne ne comprend ce qu’on fait comme travail, ou qu’on en a plus ? Qu’est-ce que les travailleurs.ses du sexe chantent entre deux passes ? Est-ce que les algorithmes chantent à l’unisson pour se donner du coeur à l’ouvrage ?

Nous voulons réécrire, réarranger, retrouver ces chansons que la distance et l’ignorance ont condamné à l’oubli. Pour comprendre leur essence même. Souvent simples dans leur forme, elles portent des valeurs, parfois poétiques ou terre à terre, parfois le support d’une pure propagande.

Pourquoi le chant s’est-il arrêté tout d’un coup dans le monde industrialisé ? On ne chante plus dans le milieu professionnel. On chante avec ses collègues, pas avec ses concurrents. On vient travailler les champs au mois d’août quand on fait partie d’une communauté organisée autour d’un territoire, qu’on défend un intérêt commun.

Cette musique fonctionnelle, de coordination des gestes, n’a plus guère de sens quand on travaille seul, quand le tempo est donné par un smartphone. Alors remettre du chant dans le travail, c’est peut-être aussi un moyen d’assainir les pratiques.